Quand, sous couvert de se pencher sur le concept de « masculinité », une multinationale pharmaceutique fait la promotion de son érecteur. A bien noter : l’érection (masculine) est le symbole ancestral de la puissance sexuelle. Elle serait même fondamentale pour 93% (des hommes).
C’est, nous dit un ami averti, le type même de l’opération « environnement produit ». Attention: rien d’écologique. Officiellement on ne parlera pas de Cialis. C’est à peine si on évoquera le nom de la multinationale pharmaceutique Eli Lilly célèbre productrice de ce clone du Viagra élaboré par le concurrent historique Pfizer. On évoquera en revanche la société bien connue Ifop qui ne se désintéresse nullement de la santé comme on peut le voir ici-même.
On aura impérativement recours au savoir-faire incontesté de la bien-nommée société de relation publique Capital Image. Et on axera dur comme fer sur les concepts croisés de masculinité et de virilité, monts et merveille, grandeur et déchéance. On ne restera pas sur le thème éculé du « c’était mieux avant » puisque les hommes sont quand même plus acceptables qu’hier et, surtout, que Cialis est là. Trouver un historien dont le nom dit quelque chose. aux journalistes santé et à leur support. Faire de même avec un sociologue. On pourrait presque se passer cette fois de sexologue puisqu’on angle différemment, nettement moins produit, nettement plus environnement.
Et tout cela vous donnera un très cher communiqué dit de presse. Sous entendu : un texte que l’on espère voir reproduit très largement dans la presse. Pas in extenso, bien sûr (quoique). Mais par petites touches (à propos, bien surligner : enquête Ifof-Lilly ; songer à titrer de manière suggestive ; idem pour les inters).
C’est bon ? Alors le voici, mandé de Paris et daté du 14 mai
(NB : le surlignage en gras et de la rédaction):
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« ETRE UN HOMME AUJOURD’HUI… |
| La masculinité confrontée aux troubles de l’érection |
| Le laboratoire Lilly présente les résultats de la 4ème étude Ifop/Lilly « Regards croisés hommes/femmes sur la masculinité » et publie son livret conseil sur les troubles de l’érection.Près d’1 Français sur 2 voit les hommes d’aujourd’hui comme des partenaires beaucoup plus attentionnés que ceux de la génération passée (23%). Ces derniers sont considérés comme patriarches et machos à respectivement 85% et 43%. Ces caractéristiques masculines en société et dans l’intimité sont révélées par la 4ème étude Ifop/Lilly réalisée dans le cadre de la nouvelle campagne d’information sur les troubles de l’érection menée par le laboratoire Lilly. L’objectif de cette campagne est d’inviter les hommes à réagir face aux troubles de l’érection « en connaissance de cause », c’est-à-dire en en parlant et en s’informant. En France, près d’1 homme sur 3 est atteint de troubles de l’érection après 40 ans. |
| FORTS A L’EXTERIEUR, SENSIBLES A L’INTERIEURJouissant autrefois d’une domination indiscutée de sa puissance, l’homme a vu son rôle et sa place évoluer. « La question de l’homme ne peut se penser en dehors de celle de la femme et en cela, la présence de plus en plus importante de la femme dans l’espace public a modifié les rapports sexués» explique Georges Vigarello, historien et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.Si selon l’étude Ifop/Lilly les hommes conservent des attitudes d’imposition de soi en société telles qu’accorder de l’importance à leur physique, imposer leurs opinions et avoir le sens des responsabilités, « les valeurs ont beaucoup évolué : la prise en compte et l’attention de l’autre sont devenues fondamentales. C’est pourquoi le dialogue et le partage ont pris plus de place dans l’intimité » ajoute Georges Vigarello. |
| LE FORT « BESOIN D’ERECTION » DES HOMMES… ET DES FEMMESSymbole ancestral de la puissance sexuelle, l’érection est pour 95% des interviewés nécessaire pour faire l’amour ; 93% des hommes interviewés la considèrent même comme fondamentale pour se sentir un homme. Qui des femmes ? Elles sont plus nombreuses à estimer que l’érection de leur partenaire est importante. « Pour les femmes, l’érection est un enjeu personnel, affectif : il s’agit selon elles d’un baromètre du désir de leur partenaire. A l’inverse, les hommes voient l’érection comme le moyen d’être performant, de réussir l’acte sexuel » développe le Dr Bou Jaoudé. |
| TROUBLES DE L’ERECTION : Y FAIRE FACE !La majorité des problèmes d’érection peut être traitée. Oser se confier et parler de problèmes d’érection est la première étape de la guérison : 1- Discuter avec sa partenaire permet d’éviter une incompréhension mutuelle pouvant aboutir à la déstabilisation du couple 2- Parler avec son médecin permet d’envisager des solutions efficaces et adaptées à la redécouverte d’une sexualité épanouie et au rétablissement de l’harmonie au sein du coupleSelon le Dr Bou Jaoudé, « les hommes qui s’en sortent le mieux sont ceux qui sont le plus capables d’adaptation dans la vie, ceux qui essayent de comprendre, qui veulent savoir, au contraire de ceux qui se résignent. » « Finalement, avoir le courage d’en parler et d’aller consulter relève de valeurs masculines. Ne pas subir, s’intéresser à soi, s’informer et finalement décider d’assumer pour trouver une solution, c’est réagir en connaissance de cause à un trouble d’érection » conclut le Dr Catherine Solano.UN LIVRET CONSEIL : « ETRE UN HOMME ET AVOIR DES TROUBLES DE L’ERECTION » Pourquoi faire face à un trouble de l’érection est-il si sensible pour l’homme ? Comment l’appréhender au mieux ? Quand et comment en parler ? Quand consulter ? Destiné avant tout aux hommes mais aussi à leur partenaire, le livret « Etre un homme et avoir des troubles de l’érection » résume en quelques conseils simples les comportements et attitudes à adopter face aux troubles de l’érection. |
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Informations : Capital Image / Stéphanie Chevrel Contacter le service de presse par mail ICI Aller vers le site Capital Image / Voir le site Acteurs de Santé »
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Et voilà l’affaire. Peut-être serait-il cruel de faire une recherche exhaustive des reprises de ce communiqué de presse et de ses annexes dans les différents médias d’information générale. Au final peu d’entre nous auront échappé à ces reprises papier ou radiodiffusées. Elles brodent généralement sur le thème de la masculinité évoluant vers une virilité plus apaisée (comprenne qui pourra) avec quelques plaisanteries contemporaines (sinon aériennes) sur le thème du repassage et de la sortie des poubelles. En toute hypothèse cette recherche sera effectuée pour Lilly par Capital Image comme dans toutes les opérations de relation presse, notamment les opérations « environnement produit ». Peut être serait-il cruel d’interroger les responsables de ces activités commerciales sur le rôle qu’ils assignent aux médias.
S’émouvoir ? S’indigner ? Mais pourquoi donc ? Il s’agit certes de médicaments – les grands érecteurs – dotés d’une autorisation de mise sur le marché, nécessitant des prescriptions médicales et sous hautes tutelles sanitaires. Mais ils ne sont pas pris en charge financièrement par la collectivité. Et à ce titre leurs trois richissimes fabricants jouissent de facto d’une large tolérance dans leurs incitations (via les médias) à la consommation. L’économie de marché à ses vertus que le socialisme au pouvoir ne songe guère à remettre en cause.
Pour l’heure le magazine Elle (www.elle.fr) titre en Une (numéro du 11 mai 2012) : « Masturbez-vous : la clé du plaisir à deux ». Sans Cialis ?
Le Pr Dominique Maraninchi nouveau directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) et ancien directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) il donne un entretien au Quotidien du médecin (daté du 16 mai) ; entretien ainsi titré « Nous rentrons dans un processus de surveillance globale renforcée ». Le Pr Dominique Maraninchi se félicite que les industriels ne siègent plus au conseil d’administration de cette puissante Agence où se retrouvent en revanche députés, sénateurs et usagers.
Le même jour le gouvernement a été nommé. C’est Marisol Touraine qui prend la tête du nouveau ministère des affaires sociales et de la santé.
On notera encore l’existence, grâce au signalement qu’en fait la pédopsychiatre Caroline Eliacheff dans son blog France Culture/Huffington Post d’un peu banal rapport intitulé Le poids des normes dites masculines sur la vie professionnelle et personnelle d’hommes du monde de l’entreprise. Et pour finir, en cette veille de fête religieuse, dans le mensuel (mai 2012) de la très précieuse revue Esprit (80 ans cette année au compteur), un ensemble étonnant sur le désarroi des tribunaux devant le « harcèlement », la « filiation » et l’ « inceste ». Avec un texte à méditer sur la place du père et les mille et une conséquences de « la disparition de la puissance paternelle » phénomène que nul, bien évidemment, ne songerait ne serait-ce qu’un instant à mettre en relation avec l’évolution de notre perception du « harcèlement sexuel ». Méditons donc.
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