De l’érection à la veille de l’Ascension

Quand, sous couvert de se pencher sur le concept de « masculinité », une multinationale pharmaceutique fait la promotion de son érecteur. A bien noter : l’érection (masculine) est le symbole ancestral de la puissance sexuelle. Elle serait même fondamentale pour 93% (des hommes).

C’est, nous dit un ami averti, le type même de l’opération « environnement produit ». Attention: rien d’écologique. Officiellement on ne parlera pas de Cialis. C’est à peine si on évoquera le nom de la multinationale pharmaceutique Eli Lilly célèbre productrice de ce clone du Viagra élaboré par le concurrent historique Pfizer. On évoquera en revanche la société bien connue Ifop qui ne se désintéresse nullement de la santé comme on peut le voir ici-même.

On aura impérativement recours au savoir-faire incontesté de la bien-nommée société de relation publique Capital Image. Et on axera dur comme fer sur les concepts croisés de masculinité et de virilité, monts et merveille, grandeur et déchéance. On ne restera pas sur le thème éculé du « c’était mieux avant » puisque les hommes sont quand même plus acceptables qu’hier et, surtout,  que Cialis est là. Trouver un historien dont le nom dit quelque chose. aux journalistes santé et à leur support. Faire de même avec un sociologue. On pourrait presque se passer cette fois de sexologue puisqu’on angle différemment, nettement moins produit, nettement plus environnement.

Et tout cela vous donnera un très cher communiqué dit de presse. Sous entendu : un texte que l’on espère voir reproduit très largement dans la presse. Pas in extenso, bien sûr (quoique). Mais par petites touches (à propos, bien surligner : enquête Ifof-Lilly ; songer à titrer de manière suggestive ; idem pour les inters).

C’est bon ? Alors le voici, mandé de Paris et daté du 14 mai

(NB : le surlignage en gras et de la rédaction):

« ETRE UN HOMME AUJOURD’HUI…

 

La masculinité confrontée aux troubles de l’érection

 

Le laboratoire Lilly présente les résultats de la 4ème étude Ifop/Lilly « Regards croisés hommes/femmes sur la masculinité » et publie son livret conseil sur les troubles de l’érection.Près d’1 Français sur 2 voit les hommes d’aujourd’hui comme des partenaires beaucoup plus attentionnés que ceux de la génération passée (23%). Ces derniers sont considérés comme patriarches et machos à respectivement 85% et 43%. Ces caractéristiques masculines en société et dans l’intimité sont révélées par la 4ème étude Ifop/Lilly réalisée dans le cadre de la nouvelle campagne d’information sur les troubles de l’érection menée par le laboratoire Lilly.
L’objectif de cette campagne est d’inviter les hommes à réagir face aux troubles de l’érection « en connaissance de cause », c’est-à-dire en en parlant et en s’informant. En France, près d’1 homme sur 3 est atteint de troubles de l’érection après 40 ans.

 

FORTS A L’EXTERIEUR, SENSIBLES A L’INTERIEURJouissant autrefois d’une domination indiscutée de sa puissance, l’homme a vu son rôle et sa place évoluer. « La question de l’homme ne peut se penser en dehors de celle de la femme et en cela, la présence de plus en plus importante de la femme dans l’espace public a modifié les rapports sexués» explique Georges Vigarello, historien et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.Si selon l’étude Ifop/Lilly les hommes conservent des attitudes d’imposition de soi en société telles qu’accorder de l’importance à leur physique, imposer leurs opinions et avoir le sens des responsabilités, « les valeurs ont beaucoup évolué : la prise en compte et l’attention de l’autre sont devenues fondamentales. C’est pourquoi le dialogue et le partage ont pris plus de place dans l’intimité » ajoute Georges Vigarello.

 

LE FORT « BESOIN D’ERECTION » DES HOMMES… ET DES FEMMESSymbole ancestral de la puissance sexuelle, l’érection est pour 95% des interviewés nécessaire pour faire l’amour ; 93% des hommes interviewés la considèrent même comme fondamentale pour se sentir un homme. Qui des femmes ? Elles sont plus nombreuses à estimer que l’érection de leur partenaire est importante. « Pour les femmes, l’érection est un enjeu personnel, affectif : il s’agit selon elles d’un baromètre du désir de leur partenaire. A l’inverse, les hommes voient l’érection comme le moyen d’être performant, de réussir l’acte sexuel » développe le Dr Bou Jaoudé.

 

TROUBLES DE L’ERECTION : Y FAIRE FACE !La majorité des problèmes d’érection peut être traitée. Oser se confier et parler de problèmes d’érection est la première étape de la guérison :
1- Discuter avec sa partenaire permet d’éviter une incompréhension mutuelle pouvant aboutir à la déstabilisation du couple
2- Parler avec son médecin permet d’envisager des solutions efficaces et adaptées à la redécouverte d’une sexualité épanouie et au rétablissement de l’harmonie au sein du coupleSelon le Dr Bou Jaoudé, « les hommes qui s’en sortent le mieux sont ceux qui sont le plus capables d’adaptation dans la vie, ceux qui essayent de comprendre, qui veulent savoir, au contraire de ceux qui se résignent. »
« Finalement, avoir le courage d’en parler et d’aller consulter relève de valeurs masculines. Ne pas subir, s’intéresser à soi, s’informer et finalement décider d’assumer pour trouver une solution, c’est réagir en connaissance de cause à un trouble d’érection » conclut le Dr Catherine Solano.UN LIVRET CONSEIL : « ETRE UN HOMME ET AVOIR DES TROUBLES DE L’ERECTION »

Pourquoi faire face à un trouble de l’érection est-il si sensible pour l’homme ? Comment l’appréhender au mieux ? Quand et comment en parler ? Quand consulter ?

Destiné avant tout aux hommes mais aussi à leur partenaire, le livret « Etre un homme et avoir des troubles de l’érection » résume en quelques conseils simples les comportements et attitudes à adopter face aux troubles de l’érection.

 

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Informations : Capital Image / Stéphanie Chevrel
Tél. : 01 45 63 19 00 – Fax. : 01.45.63.19.20.

Contacter le service de presse par mail ICI

Aller vers le site Capital Image / Voir le site Acteurs de Santé »

 

Et voilà l’affaire. Peut-être serait-il cruel de faire une recherche exhaustive des reprises de ce communiqué de presse et de ses annexes dans les différents médias d’information générale. Au final peu d’entre nous auront échappé à ces reprises papier ou radiodiffusées. Elles brodent généralement sur le thème de la masculinité évoluant vers une virilité plus apaisée (comprenne qui pourra) avec quelques plaisanteries contemporaines (sinon aériennes) sur le  thème du repassage et de la sortie des poubelles.  En toute hypothèse cette recherche sera effectuée pour Lilly par Capital Image comme dans toutes les opérations de relation presse, notamment les opérations « environnement produit ». Peut être serait-il cruel d’interroger les responsables de ces activités commerciales sur le rôle qu’ils assignent aux médias.

S’émouvoir ? S’indigner ? Mais pourquoi donc ? Il s’agit certes de médicaments – les grands érecteurs – dotés d’une autorisation de mise sur le marché, nécessitant des prescriptions médicales et sous hautes tutelles sanitaires. Mais ils ne sont pas pris en charge financièrement par la collectivité. Et à ce titre leurs trois richissimes  fabricants jouissent de facto d’une large tolérance dans leurs incitations (via les médias) à la consommation. L’économie de marché à ses vertus que le socialisme au pouvoir ne songe guère à remettre en cause.

Pour l’heure le magazine Elle (www.elle.fr) titre en Une (numéro du 11 mai 2012) : « Masturbez-vous : la clé du plaisir à deux ». Sans Cialis ?

Le Pr Dominique Maraninchi nouveau directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) et ancien directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) il donne un entretien au Quotidien du médecin (daté du 16 mai) ; entretien ainsi titré « Nous rentrons dans un processus de surveillance globale renforcée ». Le Pr Dominique Maraninchi se félicite que les industriels ne siègent plus au conseil d’administration de cette puissante Agence où se retrouvent en revanche députés, sénateurs et usagers.

Le même jour le gouvernement a été nommé. C’est Marisol Touraine qui prend la tête du nouveau ministère des affaires sociales et de la santé.

On notera encore l’existence, grâce au signalement qu’en fait la pédopsychiatre Caroline Eliacheff  dans son blog France Culture/Huffington Post d’un peu banal rapport intitulé Le poids des normes dites masculines sur la vie professionnelle et personnelle d’hommes du monde de l’entreprise. Et pour finir, en cette veille de fête religieuse, dans le mensuel (mai 2012) de la très précieuse revue Esprit (80 ans cette année au compteur),  un ensemble étonnant sur le désarroi des tribunaux devant le « harcèlement », la « filiation » et l’ « inceste ».  Avec un texte à méditer sur la place du père et les mille et une conséquences de « la disparition de la puissance paternelle » phénomène que nul, bien évidemment,  ne songerait ne serait-ce qu’un instant à mettre en relation avec l’évolution de notre perception du « harcèlement sexuel ». Méditons donc.

 

 

Médiator: le prochain scandale est avancé

 

Lundi 14 mai: devant une presse  nombreuse (on l’imagine alléchée et gourmande) c’est l’ouverture du procès des Laboratoires Servier. C’est aussi le début du très long épilogue judiciaire du scandale du Médiator. Au même moment le mensuel Prescrire annonce, en toute discrétion, quel sera le prochain sandale. Pour l’heure cette annonce  semble encore étrangement inaudible.

S’intéresser au journalisme réclame de connaître  l’existence de Karl Kraus. Soit d’acquérir et de lire (grâce aux Editions Payot & Rivages) ses Aphorismes. Plusieurs plaisirs (garantis) de lecture par page de cet ouvrage initialement paru en 1909.

Un exemple : “Le journalisme ne fait que servir en apparence le quotidien. En vérité il détruit la réceptivité du monde futur”.

Difficile de ne pas citer Kraus (1874-1936) au vu de ce qui arrive et de ce qui se trame dans le champ de l’obésité, du surpoids et de leur correction par voie médicamenteuse.

Le  quotidien d’abord.

Il est de nature judiciaire  Un an et demi après l’éclatement du scandale Médiator (accusé d’avoir causé la mort prématurée de 500 à 2.000 personnes) le premier procès pénal visant les Laboratoires Servier (et leur directeur-fondateur Jacques Servier) s’ouvre lundi 14 mai à Nanterre. Plus de 350 personnes demanderont réparation à la firme Servier et à M. Servier, 90 ans, devant le tribunal correctionnel. Ce procès survient sans attendre le terme de l’instruction menée sur les mêmes faits par les magistrats du pôle santé du parquet de Paris.

Les parties civiles ont misé ici sur une procédure rapide : une citation directe pour « tromperie aggravée » dans laquelle leur revient la lourde tâche d’apporter les preuves, sans avoir accès aux investigations parisiennes. La justice avait promis en mars de clore l’enquête d’ici décembre.

Les plaignants reprochent à Servier de les avoir « délibérément » trompés sur la composition du Médiator en ne les informant pas de « la nature anorexigène » de son principe actif, le benfluorex, alors que ce dernier larguerait dans l’organisme une substance toxique, la norfenfluramine, une molécule très proche de l’amphétamine.

Or la norfenfluramine peut provoquer des hypertensions artérielles pulmonaires, qui peuvent à leur tour multiplier par trois le risque de valvulopathies cardiaques voire nécessiter une greffe pulmonaire. Le Médiator a été  largement détourné (pour diverses raisons) et utilisé comme coupe-faim durant sa commercialisation de 1976 à 2009. On estime qu’environ cinq millions de personnes en ont (plus ou moins) consommé.

L’essentiel du dossier était connu des responsables sanitaires comme des principaus médias d’information générale. L’annonce de ces chiffres par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé en novembre 2010 a toutefois (pour des raisons qui restent en grande partie à élucider, ce que la justice ne fera pas) créé une onde de choc dans le système français du sécurité du médicament. Au point de conduire à l’adoption d’une nouvelle réforme renforçant une nouvelle fois le contrôle (si possible indépendant) de l’efficacité et de l’innocuité au long cours des « produits de santé ».

Parmi les pièces maîtresses des parties civiles figurent des rapports internes de Servier et les annexes du rapport généralement présenté comme accablant de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), commandé par Xavier Bertrand alors ministre de la Santé du gouvernement Fillon ; rapport très largement élaboré sous l’autorité de Aquilino Morelle un proche de François Hollande aujourd’hui président de la République. . Selon l’Igas, le retrait du Médiator « aurait pu être décidé dès 1999 », soit dix ans avant sa disparition du marché. Certains estiment qu’il aurait pu l’être bien avant et d’autres estiment encore que cette molécule n’aurait jamais dû être commercialisée.

« L’objectif, c’est d’aller vite sur une infraction assez simple. Tous les éléments sont sur la table et ne sont pas contestables parce qu’ils émanent de Servier », explique l’avocat d’une centaine de parties civiles, Me Charles-Joseph Oudin cité par l’Agence France Presse. La défense de Servier estime toutefois que l’affaire est « hautement technique et scientifique ». « Il nous apparaît impensable d’être jugés à Nanterre pour des faits tronqués et sur lesquels enquêtent déjà des juges d’instruction extrêmement dynamiques », a ainsi fait valoir Me Hervé Témime, concédant la « nécessité d’un procès, mais un seul, complet ».

En septembre, Jacques Servier et six sociétés du groupe, avaient été mis en examen notamment pour tromperie par les juges d’instruction de Paris. « Combatif » et « responsable », il assistera à son procès, si l’on en croit son avocat. Avant d’aborder le fond, le tribunal devra trancher une féroce bataille procédurale engagée par Servier ; bataille  de tranchée susceptible d’entraîner un renvoi du procès. Comme rien n’est simple et comme la loi l’y autorise Servier déposera deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) et une demande d’expertise judiciaire, qualifiées d’ « écrans de fumée » par les parties civiles. « Une expertise n’apporterait aucune valeur ajoutée. Etre juge ne consiste pas à renvoyer à des experts l’appréciation relevant de sa compétence », juge Me François Honnorat, avocat d’une trentaine de parties civiles.

Jacques Servier et quatre ex-cadres de Servier et de Biopharma (qui a commercialisé le Mediator) encourent 4 ans de prison et une amende de 37.500 euros, Servier et Biopharma une amende de 150.000 euros ainsi qu’une interdiction d’exercer.

Le monde futur ensuite.

L’affaire nous est révélée par le mensuel français Prescrire ; un mensuel dont l’indépendance austère vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique n’est plus à démontrer ni à vanter. Prescrire dénonce ce qui se trame via l’association de deux molécules : la phentermine et le topiramate. Des essais cliniques sont d’ores et déjà en cours et aux Etats-Unis la Food and Drug Administration a d’ores et déjà donné un premier feu vert. On peut se reporter à ce que vient d’en dire en France la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes qui évaluait récemment son « potentiel d’abus et de dépendance ».

La phentermine est, depuis le début des années 2000, l’anorexigène le plus produit et le plus consommé dans le monde. Elle est utilisée sous forme de chlorhydrate ou de résinate de phentermine, à visée anorexigène, en traitement de courte durée (maximum 3 semaines) de l’obésité modérée à sévère. Elle est disponible dans cette indication dans plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada, l’Australie ou l’Afrique du Sud. La méphentermine fut quant à elle, fut initialement prescrite comme décongestionnant nasal. Elle est désormais utilisée dans le traitement des états hypotensifs (aux États-Unis et en Inde) et comme médicament vétérinaire (au Brésil).

Phentermine?  Plus précisément un composé amphétaminique, dérivé de la phényléthylamine. Elle est inscrite (en France depuis février 2012)  sur la liste des stupéfiants sous toutes ses formes et quelle que soit la voie d’administration. Chez l’homme, le tableau est dominé par des manifestations neuropsychiatriques (insomnie, nervosité, irritabilité, euphorie et épisodes psychotiques dans les cas sévères) et cardiovasculaires (tachycardie et élévation de la tension artérielle), majorées en cas de surdosage. Des atteintes valvulaires ont été rapportées lors de l’association avec la fenfluramine et attribuées à cette dernière. Quelques cas isolés néanmoins sont rapportés avec la seule phentermine.

Ils observent en outre que deux publications décrivent la présence, dans des proportions élevées, de la phentermine dans des échantillons biologiques prélevés en vus d’une recherche de stimulants amphétaminiques illicites (en 1979 aux Etats-Unis et en 2011 en Corée). L’hypothèse d’une utilisation de la phentermine en remplacement de ou en synergie avec des stimulants illicites ne peut donc pas être exclue Enfin, un mésusage à visée stimulante (en particulier maintien de l’éveil) est d’ores et déjà décrit dans certaines catégories professionnelles (chez des conducteurs routiers en Australie et aux Etats-Unis).

Conclusion : « un mésusage à visée amaigrissante est probable mais difficile à évaluer ».

Pour l’heure, en France, aucun cas de mésusage, d’abus ou de dépendance avec la phentermine n’a été rapporté auprès des réseaux d’addictovigilance ou de pharmacovigilance. Les spécialistes notent que cette situation est vraisemblablement en rapport avec la disparition de cette molécule du marché : la phentermine fut commercialisée (officiellement) en France (comme anorexigène) sous le nom de Linyl® entre 1962 et 1988. Ainsi donc, dans  l’ombre du Médiator, le Linyl. Pas de scandale ?

On ajoutera que la phentermine fait aujourd’hui  l’objet d’un commerce illicite et d’exportations illégales. Durant la dernière décennie, l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants a souligné sa vente illicite sans ordonnance, via Internet et les services postaux, et la considère désormais comme faisant partie des substances les plus couramment détournées et objet d’un usage illicite.

Pour résumer : le profil amphétaminique de la phentermine ne fait aucun doute ; données disponibles sont hautement évocatrices d’un potentiel d’abus en raison d’effets subjectifs jugés proches de ceux de l’amphétamine ; des cas d’abus à visée stimulante (avec parfois des effets neuropsychiatriques sévères) sont rapportés ainsi que des cas de dépendance après injection de méphentermine (métabolisée en phentermine) ; les observations  épidémiologiques indiquent un mésusage à visée stimulante dans les pays où elle est disponible ainsi que l’existence d’un marché illicite et d’une fabrication clandestine.

C’est dans ce contexte que l’on assiste au développement de projets commerciaux consistant à associer la phentermine  au topiramate (antiépileptique et antimigraineux par ailleurs anorexigène). La nouvelle pilule minceur a un d’ores et déjà un nom : Qnexa. Bleues et jaunes les gélules sont présentes sur la Toile. On peut y lire : « Le 22 février 2012, un sous-comité de la FDA a voté l’approbation du médicament par 22 voix à 2. Le 17 juillet 2012, la FDA dans son ensemble devrait suivre la recommandation du sous-comité et autoriser la mise sur le marché de Qnexa.  Cela prendra vraisemblablement trois à six mois après l’autorisation pour que Qnexa soit finalement disponible à la vente. »

L’Agence européenne du médicament et la Commission européenne sont saisies de la question.  Prescrire dit qu’elles sont au pied du mur et dénonce une association de malfaiteurs. Ce mensuel goûte l’euphémisme. C’est l’un des charmes discrets qu’autorise l’indépendance. S’il vient jusqu’en France ce nouveau Médiator élaboré par une société américaine de biotechnologies aura pour nom Qvisa.

Se souvenir de tout cela ? Servir le quotidien on songer, déjà, à demain ?

PS : Ce sujet a été traité conjointement sur Slate.fr

 

 

 

 

 


Au grand bazar des informations inaudibles

 

 Il arrive que la hiérarchisation des informations semble ne plus être la clef de voûte de la profession journalistique. Par exemple avant et pendant la campagne de l’élection d’un nouveau président de la République française.

C’est, en vrai grandeur, un enseignement de la période qui s’achève aujourd’hui. A savoir le rappel que la pratique du journalisme répond à quelques solides règles jamais écrites. A commencer par celle dite du « mort-kilomètre ». Simple : plus le décès (prématuré) est proche de la salle de rédaction, plus le rédacteur se doit d’y accorder de l’importance ; c’est-à-dire pour l’essentiel de la place et des titrailles de circonstance. Il faut véritablement énormément de victimes dans l’archipel indonésien (et des circonstances dramatiques, si possible climatiques car elles sont montrables) pour que La Nouvelle République du Centre -Ouest (qui a, comme chacun sait, son siège ligérien avenue de Grammont à Tours, non loin du Cher) manifeste un début d’intérêt. De la même manière il est peu vraisemblable que le meurtre d’un amant par un mari trompé sur les bords de la Loire tourangelle trouve un écho dans les colonnes rennaises du géant Ouest-France.

Une autre règle, également non écrite, est celle dite des périodes réfractaires. C’est une déclinaison de cette coutume qui, par exemple, donne naissance aux marronniers  (de Noël, du jour de l’an, de la fête de l’Assomption et de tous les tunnels nés des hasards chrétiens et laïcs du calendrier). Le marronnier consiste, on le sait, à traiter à dates fixes une information sans intérêt dans le seul but de meubler quand on sait qu’il n’y aura plus de marbre.

Imagerie du média par résonance magnétique nucléaire

La dimension réfractaire apparaît aussi quand une information dominante (auto-structurée en feuilleton) chasse toutes les autres. En théorie ces dernières (diplomatiques, sociétales, économiques) ont toujours leurs places dans les médias d’information générale. En pratique c’est devenu impossible. Les derniers mois l’ont montré à l’envi en France avec le raz-de-marée médiatique que fut l’élection présidentielle depuis ses interminables préliminaires jusqu’à l’épectase finale, laïque et républicaine. On a oublié cette primauté qui doit être accordée à la hiérarchisation des informations travail fondamental qui bien mieux que les éditoriaux fait office d’imagerie par résonance magnétique nucléaire.

Plus de hiérarchie donc. Durant tout ce temps les autres disciplines ont dû prendre leurs quartiers d’hiver. A commencer par celle qui nous intéresse : moins la santé (ce terme sirupeux et sans objet véritable dans le champ journalistique) que la santé publique. Un exemple glané en ce lendemain de l’élection du socialiste François Hollande aux fonctions suprêmes.

Nuages sombres sur la FIV, noirs sur l’ICSI

 En d’autres temps l’affaire aurait usé beaucoup encre. Aujourd’hui elle fait pschiit, pour reprendre une onomatopée qui eut son heure de gloire politique. Seule ou presque la rédaction de l’antique  Figaro (dont la chefferie actuelle est largement déboussolée par le déménagement du locataire du palais de l’Elysée)  semble s’y être intéressée : Le taux d’anomalie congénitale grave serait plus élevé chez les enfants nés après fécondation par injection mécanique et artificielle d’un spermatozoïde dans l’ovocyte de la future mère.

« Depuis plusieurs années, la recherche médicale scrute la santé des enfants nés procréation médicalement assistée ou PMA, nous rappelle le quotidien de droite.  Plusieurs travaux ont mis en évidence un risque légèrement accru de malformations congénitales graves, comme des anomalies cardiaques, génito-urinaires ou musculo-squelettiques. Cette conclusion, qui a fait l’objet de controverses, est corroborée par une étude publiée samedi 5 mai dans le New England Journal of Medecine. » On pourra consulter cette étude ici même.

En pratique des chercheurs de l’université d’Adélaïde (Australie) ont suivi 6.163 procréations artificielles obtenues selon les trois méthodes aujourd’hui très largement utilisée à travers le monde : la fécondation in vitro ( FIV), l’injection intra-cytoplasmique d’un spermatozoïde dans l’ovocyte (ICSI), et stimulation hormonale de la fonction ovarienne . Les résultats ont été comparés aux 308.974 naissances après grossesses obtenues sans appareillage et intervenues entre janvier 1986 et décembre 2002 dans l’État de South Australia. Les chercheurs ont également comparé les taux d’anomalies congénitales après un transfert d’embryon, selon qu’il a été congelé ou non.

 « Résultat: 9,9% des enfants nés par ICSI, 7,2% des enfants FIV et 5,8% des enfants conçus de manière naturelle souffrent d’une malformation grave diagnostiquée avant l’âge de cinq ans, nous dit Le Figaro.  Des antécédents d’infertilité (qu’ils aient ou non donné lieu à une prise en charge) sont également apparus comme associés de manière significative avec des anomalies congénitales. »

«Si l’augmentation du risque est importante, ce dernier reste relativement faible dans l’absolu», tempère toutefois le responsable de l’étude, le Dr Michael Davies. La technique de PMA peut-elle être tenue pour seule responsable de cet excès de malformations? Pour le savoir, les chercheurs ont ensuite pondéré leurs résultats en excluant tous les autres facteurs de risque connus: âge de la mère, infertilité, temps passé à attendre une grossesse, etc. Une fois cet ajustement opéré, le risque de malformations associé à la FIV redevient comparable à celui d’une grossesse obtenue de manière spontanée. «Cette méthode de procréation, qui a souvent été incriminée, n’est pas en elle-même à l’origine d’un sur-risque», croit pouvoir affirmer le Dr François Olivennes, gynécologue obstétricien ayant quitté la fonction publique hospitalo-universitaire interrogé par Le Figaro.

Un doute important persiste en revanche pour l’ICSI. Et il n’est pas sans intérêt de rappeler que cette technique n’a jamais fait l’objet de la moindre expérimentation sur l’animal. Au point que certains spécialistes intéressés par les questions essentielles d’éthique médicale  (au premier rang desquels le Pr Axel Kahn) ont parlé ici d’essais d’homme (en opposition avec les essais sur l’homme). Dans ce cas, le risque de malformation demeure plus élevé (après pondération) que pour une grossesse obtenue de manière naturelle. Selon le Dr Olivennes, «il n’est pas exclu que le spermatozoïde injecté soit atteint d’anomalies génétiques non détectées qui seraient à l’origine de malformations, sans que la technique proprement dite soit en cause».

Voila bien un étonnant raisonnement  qui n’est pas sans emprunter à la rhétorique jésuite. On pourrait rétorquer que le sur-risque  chiffré établi par  les auteurs du New England démontre précisément que les spermatozoïdes porteurs d’anomalies génétiques non détectées n’auraient jamais conduit à une grossesse sans la pratique de l’ICSI. C’est don bien la technique qui précisément est ici en cause. Avec toutes les conséquences (judiciaires notamment) que l’on peut dès maintenant imaginer.

Le propos n’a rien d’anecdotique. Chaque année en France environ 20 000 enfants voient le jour grâce à une technique d’assistance médicale à la procréation. Et près de 4 millions de personnes a travers le monde depuis 1978. Les auteurs de l’étude estiment nécessaire de mener d’autres travaux incluant les procédés les plus récents, car «ces technologies connaissent des innovations permanentes». On ne saurait mieux dire. Tout comme on ne peut manquer de redire que ces techniques (couronnées par le prix Nobel de médecine 2010 attribué à Robert – Bob- Edwards ) n’ont jamais fait l’objet des expérimentations sur l’animal qui, en toute hypothèse, s’imposaient. Et il en va de même pour les mille et une variantes actuellement expérimentée en direct. Comme la vitrification des ovocytes.

Bientôt 0,01% des PIB pour les maladies “négligées” ?

L’évidence inaudible sanitaire concerne bien d’autres domaines, élections présidentielles françaises ou pas. C’est le cas de ce serpent de mer inconnu du plus grand nombre qui surgit et disparaît depuis  plus de dix ans dans le cénacle onusien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il faut « stimuler la recherche et le développement sur les maladies négligées, ces pathologies des pays pauvres qui intéressent peu l’industrie pharmaceutique faute de débouchés commerciaux. » Qui oserait soutenir le contraire ? C’est Le Monde qui, seul militant ou presque, s’intéresse au sujet.

« Un groupe consultatif d’experts, nommé en 2010 par l’OMS, vient de rendre ses travaux, plaçant en tête de ses recommandations l’adoption d’une convention internationale contraignante sur cette question. Jusqu’ici, une seule convention-cadre a vu le jour sous l’égide de l’OMS : celle pour la lutte antitabac, entrée en vigueur en 2005 écrit, depuis Genève, la correspondante du dernier quotidien du soir. S’il était adopté, ce traité international pourrait obliger les Etats membres de l’OMS à consacrer au moins 0,01 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux besoins de la recherche sur ces maladies. Celles-ci, comme la leishmaniose viscérale, la maladie du sommeil, la maladie de Chagas ou l’éléphantiasis, affectent 1,4 milliard de personnes, mais n’ont recueilli, en 2010, que 3,2 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). »

La Suisse joue la montre

S’émouvoir ? S’indigner ? « Ce financement pourrait passer à 6 milliards de dollars, éventuellement grâce à un fonds commun, géré par l’OMS, qui fixerait les priorités en fonction d’impératifs de santé publique explique-t-elle encore. Le modèle dominant, qui laisse principalement aux laboratoires pharmaceutiques le choix de développer ou non de nouveaux médicaments, en serait sérieusement ébranlé. » Sérieusement ? L’affaire sera discutée de la 65e Assemblée mondiale de la santé qui se tiendra à Genève du 21 au 26 mai. Soixante-cinq ans, l’âge du bilan et de l’autocritique ? Sur les verdoyantes hauteurs du Lac Léman la question peut être librement posée. Elle est généralement inaudible.  « Certains pays, pourtant, jouent la montre explique sans nullement rire Le Monde.  La Suisse, qui défend son industrie pharmaceutique, propose ainsi de repousser d’un an toute décision, afin ‘’d’étudier sérieusement les propositions’’. »

Et le tabac, qui songe au tabac ?

Le Figaro, Le Monde, et  Libération pour finir. L’ancien brûlot gauchisant  s’intéresse au tabac. Ou plus précisément à un livre qui s’intéresse au tabagisme et que signe une journaliste (du Figaro) chez une éditrice parisienne siégeant rue Soufflot par ailleurs passionnée de longue date par les questions médicales, sanitaires et scientifiques. La réalité du fléau du tabagisme est et demeure toujours largement inaudible. Et pourtant ! 60 000 morts (prématurées) par an. Si l’on compte bien cela fait 1,2 millions de morts au bout de vingt ans. Et si l’on ne craint pas les comparaisons qui ne veulent rien dire ou presque cela fait à chaque génération une saignée comparable à celle de la Première Guerre mondiale. Faire du tabac un combat en faveur de la liberté ? Ce serait indécent, annonce l’auteure.

Cette dernière ne craint pas d’autres parallèles chiffrés. Comme avec l’indignation contre Les Laboratoires Servier et leur Médiator responsables de 500 à 2000 décès en trente-trois ans… Ou avec les biberons en plastique contenant du bisphénol A (BPA) que la France a interdit (faibles preuves de l’impact sanitaire) alors qu’elle n’interdit pas le tabac (preuves accablantes) …. C’est ici prendre le risque (nullement négligeable) de devenir la cible des néo-militants journalistes qui font  – notamment  -  du  bisphénol dans les biberons un combat tendance  nettement plus audible 1 que celui contre la vieille herbe à Nicot.

Du n’importe quoi en terme de hiérarchie des risques conclut savamment Libération. « L’interdiction définitive du tabac surviendra tôt ou tard » pronostique l’auteure qui sous-titre son ouvrage « Le plus grand scandale de santé publique ». Nous reparlerons bien volontiers du contenu de ce plaidoyer pour la prohibition ; plaidoyer que l’on imagine vibrant. Mais il faudrait d’abord qu’Odile Jacob nous permettre d’entendre ce cri d’alerte.

 

 

1 Ce titre sur six colonnes (page 10) du Monde daté du 10 mai : « Une étude sur les primates confirme le lien entre bisphénol A et cancer du sein ». Bigre.

L’article traite ici de la publication dans les Proceedings of  the National Academy of Sciences d’un travail  mené chez des macaques femelles exposées à du BPA pendant les deux derniers mois de leur grossesse (400 microgrammes par kg de poids corporel et par jour). Les chercheurs ont ensuite cherché (et ils ont trouvé) des concentrations de BPA dans les glandes mammaires des nouveau-nés peu après la mise bas. Pas de BPA dans la progéniture des femelles non exposées.

Les chercheurs de la Tufts University (Boston) y ont aussi observé des structures tissulaires (densité importante du tissu épithélial)  qui ne sont pas sans faire songer à ce qu’on observe de manière subtile chez des rongeurs également exposés au BPA. Et dans ce cas ces observations initiales ont, avec l’avancée en âge des petits rongeurs, pu être rapprochées de l’apparition de lésions précancéreuses et cancéreuses.

« (…) il est probable que les effets à long terme soient analogues [chez les rongeurs et les primates. Et il n’y a nulle raison qu’ils épargnent l’espèce humaine » postule Le Monde. Effectivement. Reste, posée bien confraternellement, la question qui s’impose à la relecture du titre : supposition vaut-elle confirmation ? Quand bien même ce mode aurait tendance à tuer le titre, la précaution journalistique et la vérité scientifique n’eussent-elle pas voulu que l’on usa du mode conditionnel pour un verbe aussi fort que confirmer ?